 |

Une visite à Babich Wines en Nouvelle-Zélande
Ce lundi 7 avril 2003 nous arrivons vers midi à notre hôtel au centre d’Auckland: à ce moment-là il est 2 heures de la nuit en Belgique et il nous a fallu environ 36 heures pour le trajet. Nous avons déjà une voiture de location (pas évident au début, rouler dans un trafic dense avec une voiture où tout est à l’envers !) et quelques heures plus tard nous partons pour Henderson, une assez grande ville dans l’agglomération d’Auckland, pour y visiter le siège de la maison Babich. A l’exception de Martin Tutty, en mission en Europe, toute l’équipe est présente: les frères Joe et Peter Babich, David Babich (le fils de Peter) et son épouse Julie, et leurs collaborateurs Maureen Radford et John Lang. On nous offre le café et nous parlons de l’état du marché et de l’avenir des vins de Babich en Europe. David lance un plaidoyer pour l’emploi des capsules Stelvin (que nous employons surtout pour d’autres boissons telles que des apéritifs) à la place de bouchons en liège: cette capsule offre
legrand avantage que le vin reste parfaitement pur, et Babich Wines l’emploie déjà pour certains marchés. Tôt ou tard ce bouchon à vis percera en Europe aussi, mais il semble que le consommateur chez nous aurait du mal à l’accepter (un tel bouchon est jugé indigne d’un vin de qualité; pour beaucoup de gens, le rituel autour du service d’un bon vin est encore fort important). On est encore en pleines vendanges dans la région de Marlborough, et j’apprends que cela se passe un peu plus difficilement que d’habitude: contrairement aux autres années, il y a eu de la pluie les dernières semaines, et cela a causé à quelques endroits des problèmes de botrytis. Surtout pour la région de Marlborough cela est anormal: il arrive qu’il n’y pleuve pas du tout durant 6 ou 7 mois (la pluie qui est apportée par les vents d’ouest est arrêtée par la chaîne de montagnes au centre de l’Ile du Sud), et sans irrigation il n’y pousserait rien du tout. Le volume produit en 2003 sera réduit : à cause des fortes gelées au
printemps,beaucoup de producteurs ont perdu 40 à 50 % de leur récolte; Babich a pu limiter les dégâts en combattant le gel à l’aide d’un hélicoptère : la perte ne s’élève pour eux qu’à environ 20 %. Ensuite nous visitons les installations: on m’explique comment on peut suivre d’ici la situation dans les différents vignobles: tous les jours des fax arrivent de Hawke’s Bay et de Marlborough avec les données concernant l’évolution de la maturité des raisins, ce qui permet de prendre les bonnes décisions de concert avec les gens sur place. Après les vendanges, les raisins ou le jus (pour des vins d’entrée de gamme comme le East Coast pinot noir) sont transportés de Hawke’s Bay à Henderson en camions réfrigérés ou en train (ce transport dure environ 8 heures). La production locale à Henderson est en forte baisse à cause de l’expansion de la ville d’Auckland (beaucoup de vignobles ont disparu pour faire place à des quartiers résidentiels), et aussi parce qu’on s’est de plus en plus orienté vers les terroirs
plusintéressants de Hawke’s Bay et de Marlborough. Les chais de stockage et de vinification sont bien organisés, et la société dispose d’un vaste chai à barriques, où je vois essentiellement des barriques françaises, entre autres de Radoux. La vinification est faite dans de grandes cuves inox thermorégulées (par circulation d’eau en circuit fermé), avec pigeage automatique; Pour le Patriarch cabernet-sauvignon on préfère employer les petites cuves en béton et faire le pigeage à la main. La fermentation lente et l’élevage en barriques neuves des chardonnay haut de gamme (Irongate et Patriarch) ont lieu dans un chai climatisé à 10°. A la fin de notre visite, la famille Babich nous offre encore quelques bouteilles de vin pour la suite de notre voyage en Nouvelle-Zélande, parmi lesquelles quelques nouveautés: nous nous régalerons par la suite avec le viognier 2002 (frais, pur et bien typé, avec une bonne longueur) et le Winemakers’ Reserve Gewürztraminer (très épicé, complexe et puissant avec une touche
mentholée)!
Les jours suivants nous parcourons une bonne partie de l’Ile du Nord et découvrons que c’est à juste titre que la Nouvelle-Zélande se caractérise comme “un pays pur et vert”: la nature y est magnifique avec une faune et une flore des plus riches, même si les colons d’Europe n’ont épargné qu’une toute petite partie de la forêt d’origine ... Nous prenons l’occasion d’admirer les derniers restes de la forêt de Waipoua, et faisons un tour en bateau dans la Bay of Islands (la Baie des îles, qui n’a pas volé son nom) à partir de la petite ville de Russell, tout à fait dans le nord: une fort belle excursion entre les îles avec des gens compétents qui nous donnent l’occasion de voir de près des orques, des dauphins, des bancs de poissons et un jeune phoque. Bien plus au sud nous découvrons une autre merveille: les phénomènes géothermiques (coulées de silicates, geisers et bourbiers bouillants) de la
“Vallée Secrète” d’Orakei Korako. Une merveilleuse promenade dans une belle vallée verte où une coulée de silicates multicolores se verse dans un lac.
 Orakei Korako
Nous ne sommes plus très loin de Napier, une belle petite ville art déco tout près des vignobles de Hawke’s Bay, et c’est à Fernhill, un village au sud de Napier, que nous avons rendez-vous avec Jim Hamilton, le responsable des vignobles de Babich à Hawke’s Bay. Jim est un homme qui a beaucoup d’expérience: David me racontera plus tard qu’il a planté les premières vignes de sauvignon blanc à Marlborough. Il nous emmène d’abord à un vignoble de merlot à Fernhill, un des rares qui n’a pas encore été vendangé; selon Jim le terroir (du limon déposé par la rivière) est trop riche pour du merlot, il faudra arracher et planter du viognier (le viognier semble être un cépage en vue en Nouvelle-Zélande!). Ensuite il nous montre le vignoble d’Ohiti qui entrera en production l’année prochaine: du merlot, du cabernet-sauvignon, du malbec et du chardonnay sur un terroir calcaire. Evidemment, notre visite se termine avec le Gimblett Road vineyard, planté dans un ancien lit de rivière. Ce terrain,
naguère appartenant à la rivière Ngaruroro, a un terroir de sables et de graves très profond (allant jusqu’à 30 mètres), et Jim nous montre le trou qu’il a creusé pour mettre en évidence la structure du sol. Dans cette terre très perméable, les vignes s’enracinent très profondément et le rendement est limité de façon naturelle. Babich a été le premier à planter de la vigne ici: ici il y a du chardonnay, du cabernet-sauvignon et du merlot pour l’Irongate et pour le Patriarch, mais aussi de la syrah, du pinotage et du gewürztraminer pour la gamme Winemakers’ Reserve.

-> Le terroir de Gimblett Road
Nous continuons notre route vers le sud et arrivons à Wellington, où nous ne manquons pas de visiter le nouveau musée Te Papa dédié à la nature et à la culture de Nouvelle-Zélande.
Le lendemain, nous prenons le ferry pour l’Ile du Sud et cherchons un logement à Blenheim, la ville la plus importante de la région viticole et idéalement située pour la visite. John Sowman, le responsable de Babich à Marlborough, est en pleines vendanges et nous prenons rendez-vous avec lui au vignoble dans la vallée de l’Awatere (l’Awatere et le Wairau sont les rivières les plus importantes dans la région de Marlborough). John nous paraît compétent et méticuleux et répond à toutes nos questions pendant qu’il nous mène à travers les vignobles bien entretenus. Nous apprenons que l’Awatere a continuellement déplacé son cours à travers les siècles, en érodant le talus poreux de grès. Ainsi, la rivière a formé des terrasses composées d’un mètre de limon sur une épaisse couche de graves, un terroir idéal pour la vigne.
 Le vignoble d’Awatere
Il confirme que cette année il y a eu plus de pluie que d’habitude, suite à quoi il s’est développé un peu de botrytis. Puisqu’on récolte à la machine, la seule solution est d’envoyer des ouvriers dans le vignoble pour enlever les raisins les plus touchés avant le passage de la machine, mais cela ne s’est pas avéré vraiment nécessaire. Chez Babich, le volume de la récolte sera à peu près normal, c’est-à-dire environ 10 tonnes par hectare (ce qui correspond à 70 hl / ha), malgré les gelées printanières. John estime que cela n’a pas de sens de vouloir baisser les rendements : quand on taille plus, la plante développe trop de feuilles qui donnent trop d’ombre, ce qui a comme résultat le développement d’un style moins mûr avec des arômes verts et végétaux. En ce moment, les oiseaux sont les ennemis des grappes mûres: on essaie de les chasser avec des coups de canon, des motards qui klaxonnent et des faucons artificiels.
 Peter Tratsaert, John Sowman et David Babich sur les cuves du Rapaura Winery
Nous partons ensuite pour le Rapaura Winery à Blenheim, dans lequel Babich Wines a une participation de 25 % ; en cours de route, nous embarquons David Babich qui est venu à Blenheim en avion et sort d’une réunion entre producteurs. Le Rapaura Winery est un grand centre de vinification moderne, le deuxième en volume de la région de Marlborough, avec une capacité de 6500 tonnes. Pendant notre visite, nous voyons les camions apporter les raisins; ceux-ci sont immédiatement égrappés et pressés. Tout est vinifié en cuves inox avec contrôle des températures. Il y a aussi des cuves ouvertes avec pigeage automatique pour la vinification du pinot noir. Babich Wines ne fait pas d’élevage en barriques ici : David préfère envoyer les vins à Henderson dès qu’ils sont transportables.
 La cuverie à l’intérieur du Rapaura Winery
Dans le laboratoire, nous pouvons déjà déguster quelques échantillons de vin nouveau. Le sauvignon blanc de la récolte du 3 avril 2003 contient encore du sucre résiduel mais me semble bien aromatique tout en ayant une bonne acidité. Nous goûtons trois échantillons de pinot noir (clones différents). Il y en a un qui semble nettement supérieur, avec beaucoup de fruit et des arômes bien mûrs, il provient probablement d’une parcelle particulièrement bien exposée et donc récoltée à bonne maturité. Nous faisons encore un détour pour aller visiter le Cowslip vineyard, un nouveau vignoble de Babich qui entrera en production l’année prochaine. Apparemment, la famille Babich fonde de grands espoirs dans ce vignoble, car rien n’a été laissé au hasard. Le vignoble, légèrement en pente, est orienté nord-est, ce qui est parfait dans l’hémisphère sud, et une étude du terrain a déterminé où on planterait le pinot noir, le sauvignon blanc, le riesling et le pinot gris. Pour irriguer, on a construit
un bassin où on garde l’eau d’une crique qui est alimentée pendant deux à trois mois l’hiver. C’était la fin de notre découverte de la Nouvelle-Zélande : encore un tour en bateau depuis Kaikoura pour voir les baleines et les dauphins, et une visite au parc national Abel Tasman au nord de l’Ile du Sud, et c’est l’heure du retour en Belgique. Vu la cargaison de beaux souvenirs que nous ramenons, la Nouvelle-Zélande vaut largement le déplacement.
Bon à savoir:
La Nouvelle-Zélande a une superficie de 268 000 km², ce qui équivaut à 8 fois la Belgique, mais ne compte que 4 millions d’habitants qui vivent surtout sur l’Ile du Nord; il y a un million d’habitants à Auckland. Il y a environ 44 millions de moutons en Nouvelle-Zélande (et nous croyons en avoir vu une bonne partie…) mais ils étaient encore plus de 70 millions il n’y a pas très longtemps. En Nouvelle-Zélande, on peut chasser le cerf toute l’année. Ces animaux sont tellement nombreux qu’ils sont considérés comme nuisibles. Le paradis pour les chasseurs … et il n’est donc pas étonnant que beaucoup de restaurants proposent du « venison ». On mange d’ailleurs très bien en Nouvelle-Zélande, la cuisine est souvent inventive et on y retrouve des influences italiennes, orientales et sud-américaines.
|